· Amine ATTOU
Scier droit : pourquoi le trait dévie et comment le tenir
C'est une bonne nouvelle : la partie qui décide du résultat dure trois secondes et se refait autant de fois qu'on veut.
Les quatre causes, dans l'ordre de fréquence
1. L'amorce est de travers
La lame a mordu à un endroit et sous un angle qui n'étaient pas ceux du trait tracé. Le rail est creusé, la lame ne peut plus en sortir sans forcer, et forcer la fait vriller.
La parade : amorcer au retour, sans appuyer. Posez la lame sur le trait, tirez doucement deux ou trois fois. Vous ne cherchez pas à couper, vous cherchez à marquer. Regardez l'entaille avant de continuer : si elle est décalée, il est encore temps de la reprendre à côté.
2. On appuie à l'aller
C'est le réflexe qu'on ramène d'une scie occidentale, où c'est la poussée qui coupe. Sur une lame qui coupe au tiré, l'aller ne sert qu'à ramener la lame. Si vous poussez fort, la lame se met en compression, elle flambe, et elle sort du rail.
Le geste juste : l'aller est un retour à vide, le poids de la lame suffit.
3. La prise est trop serrée
Une main crispée transmet chaque micro-tremblement du bras à la lame. Sur 20 cm de coupe, ça se traduit par un trait qui ondule.
Tenez le manche comme on tient un stylo pour écrire une longue phrase : assez pour ne pas le lâcher, pas plus. Le bras suit la ligne, le poignet ne corrige pas.
4. La pièce bouge
Une pièce mal serrée recule d'un millimètre à chaque passage, et le trait se décale d'autant. C'est particulièrement vrai sur les pièces légères, tasseaux et moulures, qui n'ont pas assez de masse pour rester en place toutes seules.
Un serre-joint, un genou, un valet d'établi : peu importe, mais la pièce ne doit pas bouger.
Rattraper un trait qui a déjà dévié
Dès que vous voyez la dérive, arrêtez. Continuer en tordant la lame pour revenir sur la ligne ne marche pas : la lame se voile, le trait s'élargit, et la coupe finit pire.
- Sortez la lame complètement de l'entaille.
- Réamorcez à côté, sur le bon trait, en repartant de la surface.
- Laissez le premier rail se refermer tout seul à mesure que le nouveau se creuse. Sur une pièce épaisse, on peut glisser une chute mince dans l'ancien trait pour empêcher la lame d'y retomber.
- Finissez la coupe au ralenti, en vérifiant les deux faces de la pièce.
Suivre la ligne des deux côtés
Sur une pièce épaisse, le trait tracé sur la face visible ne dit rien de ce qui se passe dessous. Une lame peut suivre parfaitement la ligne du dessus et sortir deux millimètres à côté en dessous.
La méthode d'atelier : tracer le trait sur les deux faces, puis scier en surveillant les deux à la fois. On incline légèrement la scie pour voir les deux arêtes simultanément, ce qui n'est possible qu'avec une lame fine : une lame épaisse cache sa propre entaille.
Ce que la finesse de la lame change vraiment
Une lame épaisse creuse un trait large. Un trait large laisse plus de place à la lame pour se déplacer latéralement, donc plus de place pour dériver. Une lame fine creuse un rail étroit qui la guide lui-même.
C'est pour ça qu'une lame tirée tient mieux la ligne : travaillant en traction, elle peut être fine sans flamber, et sa finesse la maintient dans son propre rail. Le principe est détaillé sur la page scie à main.
Le choix de la denture compte aussi : une denture de coupe en travers laisse une entaille plus régulière qu'une denture de refente sur le même bois. Le guide de choix détaille les trois formes.
L'exercice qui règle le problème en dix minutes
Prenez une chute de tasseau et tracez cinq traits parallèles espacés de deux centimètres.
- Coupez le premier en ne pensant qu'à l'amorce, sans vous soucier de la vitesse.
- Coupez le deuxième les yeux sur le trait, jamais sur la lame.
- Coupez le troisième en comptant les allers-retours : régularité plutôt que force.
- Coupez le quatrième en relâchant volontairement la prise sur le manche.
- Coupez le cinquième en appliquant les quatre. Comparez les tranches.
Ce qu'on constate presque toujours : l'écart entre la première et la cinquième coupe vient du geste, pas de l'outil.